Alexandra Livert, la flexibilité au service des personnes âgées

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Après un Master en droit de la santé, Alexandra Livert a suivi une formation à l’EHESP pour devenir inspecteur de l’action sanitaire et sociale. Après plusieurs stages à l’ARS PACA et une première expérience en tant que titulaire dans les Alpes-de-Haute-Provence, elle devient responsable en juillet 2017 du service personnes âgées au sein de la délégation départementale des Alpes-Maritimes.

Alexandra Livert, quel est votre parcours ?

J’ai débuté mes études de droit à Nice avant de me spécialiser en droit de la santé à la faculté d’Aix-en-Provence. Ensuite, j’ai effectué une classe préparatoire intégrée à l’Ecole des hautes études en santé publique (EHESP) pour passer le concours d’inspecteur de l’action sanitaire et sociale (IASS), que j’ai réussi. Pendant mes 18 mois de formation à Rennes, j’ai effectué plusieurs stages à l’ARS PACA.

Très tôt, vous avez souhaité orienter ta carrière dans le secteur de la santé, en particulier au sein de l’ARS ?

Oui, assez naturellement ! J’ai rapidement eu une appétence pour le domaine de la santé et notamment toute sa partie réglementaire que j’ai découverte grâce à mon master à Aix. C’est dans ce cadre que j’ai également découvert les ARS et le rôle qu’elles peuvent jouer en termes de pilotage du système de santé.

En réalisant mon premier stage d’élève inspectrice au sein de la délégation départementale des Bouches-du-Rhône, j’ai constaté à quel point il pouvait être intéressant de contribuer à l’application des politiques publiques en matière de santé sur un territoire donné tout en devant s’adapter à ses caractéristiques démographiques, politiques ou encore économiques.

Désormais, vous êtes responsable du service personnes âgées au sein de la Délégation départementale des Alpes-Maritimes. Quel est votre métier concrètement ?

La mission numéro 1 de notre service est l’accompagnement au quotidien des établissements médico-sociaux.  

Cet accompagnement s’effectue par deux principaux outils : les contrats pluriannuels d’objectifs et de moyens (CPOM), destinés à fixer des objectifs stratégiques en cohérence avec la politique de l’ARS, ainsi que le contrôle budgétaire nous permettant de surveiller la situation financière des établissements et à proposer, si nécessaire, des solutions pour un retour à l’équilibre financier.

Cet accompagnement passe aussi par des rencontres et visites que nous souhaitons les plus fréquentes possibles, même si le volume d’établissements ne nous le permet pas toujours.

Quelles sont les qualités et les compétences nécessaires pour collaborer au sein de votre service ?

Avant toute chose, nous devons agir avec diplomatie et entretenir un lien constructif avec les établissements en toute objectivité. Pour accompagner au mieux les établissements et services, et ainsi prendre les bonnes décisions, il est nécessaire d’avoir une vision stratégique et ne pas oublier que la finalité recherchée est la bonne prise en charge de la personne âgée dépendante. Il faut donc être capable de s’adapter aux évolutions des politiques publiques, qui sont assez nombreuses dans ce domaine.

Ce temps de crise nous rappelle aussi que nous devons faire preuve de réactivité. De nombreux projets sont menés au long cours, il faut donc être en mesure de passer d’un sujet à un autre. Ce qui doit également nous amener à établir des priorités. Nous comptons tout de même, dans le département des Alpes-Maritimes, pas moins de 148 Ehpad, 35 services de soins infirmiers à domicile (SSIAD) et 32 accueils de jour autonomes ou rattachés. Nous devons en permanence « jongler » entre les projets et attentes des différents établissements.

Votre poste requiert un véritable sens du management…

Oui, le métier est assez pluriel. En tant que cheffe de service, il y a forcément une partie management. J’aime impulser une manière de travailler, une organisation qui nous permet d’être pragmatiques et opérationnels. Nous ne travaillons jamais seuls, aussi bien dans le service qu’avec les partenaires institutionnels, comme le Conseil départemental. C’est un collectif qui collabore au quotidien. Mon rôle est aussi d’insuffler des réflexions et un partage d’informations le plus fluide possible pour faire face aux évolutions réglementaires.

L’un des objectifs majeurs de votre service est d’améliorer la prise en charge des personnes âgées dépendantes sur votre territoire. Quel regard portez-vous sur cet objectif ?

Nous ne pouvons plus avoir le même regard qu’il y a 10 ans sur les personnes âgées dépendantes que ce soit en termes de profils ou de besoins. De plus en plus de personnes souhaitent finir leur vie chez elles : à nous de contribuer à développer ou organiser les ressources nécessaires pour les garder le plus longtemps possible à leur domicile. Nous sommes davantage dans une démarche « d’aller vers » la personne âgée, le recours à l’hébergement permanent ne doit donc plus être la réponse systématique.

L’enjeu, c’est donc que soit organisée une filière gériatrique cohérente favorisant l’intervention de plusieurs dispositifs complémentaires autour de la personne âgée dépendante. Des expérimentations telles que le relayage ou encore l’Ehpad hors les murs y contribuent pleinement. 

Les Ehpad ont régulièrement fait la une de l’actualité dès le début de l’épidémie de Covid-19. En quoi cette situation de crise a-t-elle impacté votre activité ?

Nous avons appris en marchant. Lors de la première vague, nous avons conseillé et accompagné les établissements et services. Nous répondions à de nombreuses questions d’ordre pratique, tant sur les équipements de protection individuelle que sur les protocoles concernant les tests RT-PCR, le renfort en personnel ou encore les conduites à tenir en cas de tests positifs... Et dernièrement avec la vaccination et les commandes de vaccins ! Nous avons constaté une réelle montée en compétence des établissements après la première vague car ils ont, comme nous tous, beaucoup appris du début de la crise.

Paradoxalement, nous nous sommes sensiblement rapprochés des directions d’établissements. Certains établissements sont plus « discrets » que d’autres : cet accompagnement à la gestion de crise a finalement permis de renforcer nos liens. Je pense que, malgré les conséquences sanitaires et humaines, l’ARS Paca peut tirer du positif de cette crise : nous ne sommes plus vus comme une simple autorité de contrôle par les directeurs, mais aussi comme une structure d’accompagnement et de proximité.

L’image et la légitimité de l’ARS ne semblent pas avoir seulement évolué du point de vue des Ehpad...

Effectivement, le grand public aussi a presque découvert les ARS avec cette crise !

Par exemple, la question des visites des familles de résidents a cristallisé de nombreuses tensions. Il a fallu faire preuve de beaucoup de pédagogie auprès des familles, les rassurer, leur expliquer que les mesures prises par le gouvernement se mettent en place progressivement, notamment sur la réouverture des Ehpad au public. Sur ce sujet précis, il faut savoir doser car il y a ce qui relève des recommandations et non d’obligations, puisque les décisions organisationnelles reviennent toujours au directeur, qui doit adapter les recommandations en fonction de la situation de son établissement. Plus globalement, je peux dire que cette gestion de crise nous a permis d’apprendre de nos erreurs et de prendre de la hauteur.

Des priorités pour les mois à venir ?

Dans les Alpes-Maritimes, je tiens particulièrement à contribuer à la montée en compétences des établissements pour personnes âgées sur la maîtrise du risque infectieux, en lien avec mes collègues médecins, infirmiers et ingénieurs de la délégation, tant dans le diagnostic que dans les améliorations à apporter pour s’en prémunir.

Je souhaiterais aussi dynamiser les dispositifs d’accueil de jour pour les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer (et maladies apparentées) qui contribuent à leur socialisation en retravaillant leur maillage territorial. Il est fondamental pour nous de reprendre ces activités et de nous projeter vers l'avenir.