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Dans les coulisses de l’ARS : Karine Hadji, chargée de l’évaluation et de la gestion des risques sanitaires

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Karine Hadji
Karine Hadji est chargée de l’évaluation et de la gestion des risques sanitaires à l’agence. Elle a intégré le secteur de la santé il y a maintenant 16 ans. Aujourd’hui, elle nous parle des consultations santé-environnement, un dispositif lancé en 2011, avec les acteurs de la région pour intégrer les enjeux de santé au cœur des problématiques liées à l’exposition au plomb.
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Quel est votre parcours professionnel ?

Je suis biologiste physiologiste de métier, avec une spécialité en radiobiologie et radioprotection de l’environnement et de l’homme. Initialement, je travaillais en radio écologie dans un laboratoire de recherche et développement au ministère de la défense.

J’ai eu envie d’élargir ma vision. J’ai donc rejoint le secteur de la santé en 2003, à la Direction des affaires sociales, dans le service santé environnement des Bouches-du-Rhône, en tant qu’ingénieur d’études sanitaires.

Quand avez-vous commencé à travailler sur le saturnisme ?

A partir de 2005. A l’époque, nous fonctionnions un peu comme un bureau d’enregistrement : les gens nous alertaient sur leurs problèmes d’exposition au plomb dans leur logement pour être relogés dans de meilleures conditions.

Nous n’avions pas de réelles données de santé, très peu de dépistages étaient réalisées sur les enfants potentiellement exposés malgré nos incitations. J’ai donc commencé à m’y intéresser et à tenter de remettre la problématique de santé au cœur de notre travail sur la lutte contre l’exposition au plomb.

C’est ainsi que nous avons commencé à mener des actions auprès des enfants et des publics précaires (à l’échelle de quartiers ou de quelques arrondissements). Nous nous sommes aperçus que le risque était réel. Une première étude réalisée conjointement avec les services de PMI et de la médecine scolaire, basée sur l’utilisation d’une fiche de repérage du risque d’exposition des enfants de moins de 6 ans, a montré que sur 347 enfants orientés vers un dépistage, 134 enfants avaient un résultat négatif de plombémie, 44 étaient imprégnés. Ces travaux de dépistage ont fait prendre conscience de la nécessité d’accompagner les familles vers le dépistage.

Le saturnisme, qu’est-ce que c’est ?

Le saturnisme est une maladie liée à une exposition au plomb. Le plomb n’a aucune fonction dans le corps. Lorsqu’il y en a, il s’agit forcément d’une contamination. Le plomb se fixe sur des cellules nerveuses du cerveau et empêche son développement. C’est pour cela que les enfants et les femmes enceintes sont particulièrement concernés. Une exposition au plomb, même à faible dose chez les enfants, peut entrainer des effets réversibles : baisse de QI, perte d’audition, difficultés de concentration souvent liés à de mauvais résultats scolaires, une agitation ou une apathie et des difficultés de sommeil.

Malgré ces dangers, pourquoi les personnes sont-elles encore exposées au plomb ?

La céruse est un carbonate de plomb très utilisé dans les peintures à l’huile dans le bâtiment. Son usage a été interdit en 1949. Cependant, il est encore présent, parfois sous plusieurs couches d’autres peintures, dans de vieux immeubles qui n’ont pas été réhabilités. Des tuyauteries d’alimentation en eau potable, peuvent également encore présente, dans le réseau intérieur des vieux immeubles. Cette problématique est très liée à l’insalubrité du parc immobilier, surtout à Marseille. L’exposition au plomb touche alors principalement les personnes en situation de précarité, contraintes de se loger dans des logements indignes. Toutefois le risque d’exposition au plomb peut également être présent à proximité de friches industrielles.

La règlementation sur le plomb en France est récente (1999/2001). Ce n’est qu’à partir des années 2000 que des budgets ont été alloués pour rénover les habitations et obliger des bailleurs à faire des travaux. Mais, à l’échelle d’une ville, c’est très compliqué et cela demande beaucoup de temps et d’argent.

Quelles actions avez-vous mis en place pour lutter contre le saturnisme ?

Nous avons d’abord ciblé un territoire d’expérimentation. A l’époque, la politique de la ville de Marseille rejoignaient nos préoccupations.

Nous avons donc construit des projets de prévention et d’éducation à la santé à partir de 2009, avec l’aide du CoDES13. Nous avons formé les médecins des quartiers concernés au repérage des risques et à l’orientation au dépistage. Cela a permis de prendre en charge les enfants plus rapidement pour limiter les impacts.

Lors de la création des ARS, nous avons eu l’opportunité de travailler en transversalité, sur les thématiques du premier recours et de l’offre hospitalière.

Nous avons identifié que, dans ces quartiers, les familles se rendaient aux urgences pour des situations qui ne le nécessitaient pas. C’est pour cette raison que nous avons créé une consultation enfants-environnement adossé au service des urgences.

Cette consultation enfants-environnement a donc permis d’aider des enfants ?

Oui. Cette consultation est montée en puissance de 2011 à 2014, et a permis de prendre en charge des problématiques de santé liées à l’environnement et la précarité des familles, parmi lesquelles le dépistage du saturnisme.

Les travaux de l’agence permettent désormais de prendre en charge les personnes : du dépistage au relogement définitif  ou à l’hébergement pendant les travaux de réfection et jusqu’au contrôle de conformité de la réalisation des travaux. Malheureusement, le processus prend encore trop de temps.

Depuis 2015, nous avons transformé cette consultation en Permanence d’accès aux soins mères-enfants (PASS) sur 3 points d’accueil à Marseille : le CHU Nord, la Timone et la Conception et nous avons ouvert 4 autres dispositifs similaires dans les autres départements de Paca dont 3 ont été pérennisés à Avignon, Toulon et Nice).

Qu’est-ce qui vous intéresse particulièrement sur cette mission ?

Ce qui est intéressant, c’est de travailler en transversalité avec les acteurs, les partenaires, les différents services de l’agence. Au fil des années, j’ai pu instaurer une tradition relationnelle avec les acteurs sur ces thématiques de santé environnementale. C’est encore davantage le cas avec le nouveau Projet régional de santé qui donne une grande place au parcours Santé environnement et périnatalité dans lequel s’inscrivent les consultations enfants-environnement au sein des PASS.

Cela fait longtemps que vous êtes mobilisée sur ce projet. Quelles sont les évolutions à venir ?

Ces consultations environnementales vont se développer de plus en plus sur d’autres thématiques.

Le travail déjà réalisé sur les modèles financiers, de déploiement, de coordination et d’évaluation de ces consultations vont pouvoir être exploités pour lancer d’autres éventuels dispositifs de consultation (expositions professionnelles, mésothéliomes et d’autres thématiques…).