Une agence, pour une meilleure santé

Dans les coulisses de l’ARS : Philippe Silvy, spécialiste des questions d’habitat

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Philippe Silvy
Spécialiste des questions d’habitat depuis 19 ans, Philippe Silvy est engagé dans la lutte contre l’habitat indigne au sein de l’agence où il est adjoint au service santé environnement de la délégation départementale des Bouches-du-Rhône. Aujourd’hui, il nous explique son parcours et les liens qui existent entre le logement et la santé.
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Philippe, pouvez-vous tout d’abord nous parler de votre parcours ?

J’ai un parcours assez atypique. Initialement, j’ai suivi des formations  de ski et d’alpinisme à l’Ecole nationale de ski et d’alpinisme de Chamonix. J’ai  travaillé en haute montagne. J’ai ensuite repris mes études à l’IUT Hygiène et sécurité de Luminy, à la suite de quoi j’ai passé les concours de la fonction publique pour devenir inspecteur de salubrité en 1983.

A 42 ans, je suis devenu ingénieur d’étude sanitaire après avoir réussi le concours et suivi la formation de l’EHSP de Rennes, j’ai intégré la direction départementale de l’action sanitaire et sociale (DDASS) de la région Paca,  avant la création de l’ARS Paca.

Quelles sont vos missions au sein de l’agence ?

Je suis adjoint et coordonnateur du service santé environnement de la délégation départementale des Bouches-du-Rhône. Je manage une équipe de  23 personnes et c’est une mission à laquelle j’attache beaucoup d’importance car cela participe à la cohésion d’équipe et à l’efficacité de notre service.

Durant mon parcours, j’ai travaillé sur beaucoup de thématiques en santé environnementale : l’eau, le bruit, l’assainissement, l’habitat. Cette expérience me permet d’avoir une vision transversale et élargie des sujets qui facilite mon rôle de conseil au sein de ma direction. Je travaille plus précisément sur la lutte contre l’habitat indigne.

Pourquoi la lutte contre l’habitat indigne est un sujet aussi important ? Quels sont les enjeux pour la population ?

En France, beaucoup de nos bâtiments sont anciens. Certaines de nos constructions datent parfois du Moyen-âge. La structure des habitations et des villes n’est pas adaptée à la vie moderne.

Beaucoup de bâtiments dans lesquels nous vivons aujourd’hui n’ont initialement pas été construits pour cet usage, comme par exemple les rez-de-chaussée qui étaient des granges et des débarras.

Nous sommes pourtant tenus de conserver ce tissu urbanistique ancien. Aujourd’hui, il faut gérer cet héritage avec toute la complexité que cela induit.

A contrario, dans les années 60 nous avons construit de nombreux immeubles en urgence. Nous avons créé des environnements bétonnés qui ne favorisent pas le bien-être des habitants.

Les problématiques liées au logement et au lien avec la santé ont mal été prise en compte jusqu’alors. Ce qui fait qu’aujourd’hui les centres urbains sont paupérisés, les immeubles se dégradent et sont devenus difficiles à gérer et à entretenir.

Quels sont ces liens entre le logement et la santé ?

La santé n’est pas seulement un état d’absence de maladie. C’est surtout un état de bien-être. C’est pour cette raison qu’il faut considérer l’ensemble du milieu de vie pour que les gens s’épanouissent : les espaces publics, les espaces communs et les habitations.

Le logement et les choix d’urbanisme ont des impacts très variés sur la santé. L’habitation peut être sources de pathologies à la fois physiques et psychiques.

Je peux citer plusieurs exemples :

  • L’intoxication au plomb, en raison des peintures anciennes dans les habitations peuvent affecter les enfants.
  • On constate aussi de nombreuses maladies respiratoires à cause de moisissures ou d’acariens, lorsque le logement est mal ventilé. Certaines moisissures peuvent provoquer chez le nourrisson des hémorragies pulmonaires.
  • L’absence de lumière dans les logements en rez-de-chaussée, en sous-sol, a vocation agricole ou autre peut entrainer des problèmes de croissance chez les enfants. Pour qu’un enfant synthétise la vitamine D il doit être exposé aux ultra-violets. On peut voir des cas de rachitisme ou des retards de croissance liés à cette absence de lumière dans le logement.
  • Un environnement insécuritaire peut aussi entrainer des angoisses, de la souffrance psychique voire même des pathologies vitales.
  • Des logements trop petits favorisent également les risques d’accidents domestiques.

Quelle est l’approche de l’agence face à ces situations ?

Le code de la santé publique dit que l’insalubrité est un danger pour la santé des occupants des immeubles.

Notre métier consiste à évaluer en quoi l’état des constructions et des immeubles peut avoir un impact sur la santé des gens.

Pendant très longtemps, l’on évoquait ce danger mais notre travail se résumait à faire un état des lieux des bâtiments sans faire le lien avec la santé. Aujourd’hui, notre approche a changé.

Notre rôle est d’agir sur l’habitat, d’essayer de modifier l’environnement des personnes et de démontrer que les gens sont exposés à des dangers pour leur santé physique et mentale.

Notre objectif est de faire de la prévention. Nous n’avons plus besoin de démontrer que les gens sont malades pour pouvoir intervenir sur les logements.

Que pourriez-vous nous dire sur la politique du logement d’abord ?Cela rejoint l’idée que logement est à la croisée de tous les chemins.

Une personne qui a des problèmes de santé mentale et qui vit dans la rue ne peut pas aller bien. Le fait de réintroduire un logement et de l’occuper de façon « normale » contribue à remettre les gens sur les rails, à améliorer leur état de santé.

Il y a aussi des actions menées par les compagnons bâtisseurs comme l’auto-réhabilitation accompagnée qui accompagne des personnes souvent désœuvrées. Lorsque les gens prennent l’habitude de se réinvestir dans leur logement, il se réinvestisse aussi dans leur vie.

L’intervention dans le logement permet de reconquérir le terrain, de ramener les gens vers des fonctionnements plus en lien avec les normes de la société.

Tout est lié. L’action sur le logement permet d’agir sur d’autres paramètres et c’est pour cela qu’à l’agence nous travaillons de façon transversale.

Vous parlez de transversalité. Pourquoi est-ce si important ? 

Pour travailler sur l’habitat il faut prendre en compte un triptyque indispensable : les aspects techniques, les aspects juridiques, les aspects sociaux.

A l’agence, nous travaillons en réseau et nous élaborons des conventions de lutte contre l’habitat indigne avec nos partenaires. Nous travaillons avec les mairies, les préfectures, l’agence départementale d’information pour le logement, la caisse d’allocations familiales, les associations de terrain, les travailleurs sociaux.

Cela nous permet de mettre en commun des diagnostics, des programmes d’actions ce qui évite d’engager des procédures administratives lourdes et ce qui favorise le travail en bonne intelligence.

A titre d’exemple, le 18 octobre, nous allons signer la dernière convention de lutte contre l’habitat indigne avec la ville de Marignane.

L’action de l’ensemble des acteurs dans les Bouches-du-Rhône permet chaque année à des centaines de  logements  de sortir de l’insalubrité.

Voudriez-vous rajouter quelque chose ? 

J’aimerais saluer mon équipe, techniciens et agents administratifs pour leur travail exemplaire face à des situations parfois très difficiles. Notre métier nous oblige à nous rendre sur le terrain et à faire face à la misère, la détresse des enfants, la souffrance psychique. Ces situations sont très dures et malgré cela, notre équipe reste tenace. C’est grâce à cela que l’expertise de l’agence est reconnue dans le domaine de l’habitat et que nous avons la confiance de nos partenaires.