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De la proximité à l’expertise : des filières coordonnées pour mieux soigner

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L’égalité en santé impose d’offrir à tous les patients, quel que soit leur lieu de vie sur le territoire, un accès pertinent aux structures de soins. La prise en charge doit être graduée, des soins de proximité aux centres d’expertise, en tenant compte du profil et des besoins de chaque personne.
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De plus en plus, les professionnels de santé travaillent de concert avec des organisations innovantes, tournées vers la prise en charge globale du patient.

Groupement hospitalier de territoire des alpes du sud : une complémentarité bien étudiée

Le Groupement hospitalier de territoire (GHT) des Alpes du Sud couvre un territoire de santé qui s’étend sur deux départements : les Hautes-Alpes et le nord des Alpes-de-Haute-Provence.

Ce territoire montagneux de 140 000 habitants se caractérise par ses difficultés d’accès, sa faible densité et ses pics de population durant les périodes touristiques. Le GHT constitue une belle illustration de la façon dont le système de santé s’adapte à la population… et non l’inverse.

urgences hopital

«Centré sur son territoire, le GHT apporte du lien au niveau de l’offre de soins » explique Yann Le Bras, directeur du GHT des Alpes-du-Sud. « En fonction de leur pathologie et de leur lieu de vie, les patients bénéficient ainsi d’une réponse adaptée. Nous disposons de toute une palette de prises en charge.».

Les deux têtes de pont hospitalières, Gap et Briançon, sont renforcées par des structures plus petites, qui apportent à la population une offre de proximité. Au total, le GHT compte 1 400 lits et places, soit une place pour 100 habitants, ce qui constitue un ratio bien supérieur à la moyenne nationale.

Une maison de garde au sein de l’hôpital

Au-delà de l’offre hospitalière, il convient également d’organiser les soins dits de premiers recours, c’est-à-dire l’accès à des professionnels de santé : médecins, infirmiers, kinésithérapeutes, sages-femmes… « Le GHT se caractérise par la très forte relation entre l’hôpital et la ville. L’exercice coordonné favorise l’accessibilité des soins » souligne Yann Le Bras.

Ainsi, Gap est l’une des premières villes de France à s’être dotée d’une maison médicale de garde, installée dans des locaux prêtés par le Centre hospitalier intercommunal des Alpes du Sud (CHICAS), qui met également à disposition une secrétaire et une infirmière.

Depuis 2000, des médecins libéraux y assurent des consultations le soir, le week-end et les jours fériés, garantissant ainsi la permanence des soins et désengorgeant les urgences. Ces dernières ne sont situées qu’à cinquante mètres au cas où l’état du patient requiert une prise en charge immédiate et technique.

A contrario, des personnes qui se présentent aux urgences sans que cela ne soit indiqué sont redirigées vers la maison médicale de garde. L’année passée, celle-ci a réalisé 15 000 consultations, ce qui illustre bien son utilité pour la population. Le territoire compte également des maisons de santé pluridisciplinaires, regroupant différents professionnels, libéraux (médecins, infirmiers, kinésithérapeutes, psychologues…).

Des médecins libéraux au centre hospitalier de barcelonnette

Autre réussite du territoire, le lien entre la ville et l’hôpital, dont Barcelonnette constitue une belle illustration. « Tous les médecins intervenant au Centre hospitalier sont des libéraux, bien souvent les médecins traitants des patients, » explique Alain Krumenacker, directeur des établissements ubayens. « Ils peuvent ainsi les suivre dans des conditions optimales, notamment lorsqu’un retour au domicile est prématuré. La coordination avec les Ehpad s’avère particulièrement aboutie. Le territoire disposera fin 2020 d’une maison de santé pluridisciplinaire, sur le site des anciennes casernes des chasseurs alpins : une interface supplémentaire entre la ville et l’hôpital.»

Dans une logique de territoire, le Centre hospitalier de Barcelonnette est rattaché, depuis le 1er juillet 2019 au GHT des Alpes du Sud, bien qu’il soit situé dans les Alpes-de-Haute-Provence. « La majorité des patients pris en charge dans nos établissements ont été soignés au Chicas de Gap et non à Digne. Il y a donc une logique qui dépasse les frontières géographiques » conclut Alain Krumenacker.

Le dispositif « 400 médecins » contre les déserts médicaux

médecin femme

Dans le cadre de la stratégie « Ma Santé 2022 » mise en oeuvre par le gouvernement, 400 médecins généralistes sont recrutés dans des territoires fragiles. Ils bénéficient d’incitations financières portées par les ARS.

Le territoire des Alpes du Sud profite de ce dispositif. Le premier volet porte sur le recrutement de 200 postes de médecins généralistes qui pourront être salariés d’un centre de santé, d’un établissement de santé ou d’un autre médecin. Pour faciliter et encourager la création de ces postes, les agences régionales de santé apportent un soutien financier à la structure employeuse : en garantissant l’équilibre économique pendant deux ans, soit le temps nécessaire pour constituer la patientèle du médecin. Elles peuvent aussi participer aux frais d’équipement du cabinet et accompagner la création du centre de santé ou cabinet médical.

Cinq postes sont concernés en Paca dont un à Guillestre. Jeune médecin de 28 ans, Vincent Ferment a été recruté dans ce cadre au mois de juin.

« Ce dispositif a constitué le coup de pouce qui m’a aidé à m’installer. J’apprécie le statut de salarié car il me garantit une rémunération, tout en réduisant les volets administratifs et comptables. Je peux ainsi me concentrer sur mon coeur de métier : soigner. J’apprécie énormément mon métier. En tant que médecin rural, je soigne des pathologies très diverses. Il n’y a aucune routine ! Je vais aussi entamer la formation de Médecin correspondant du Samu pour prendre en charge les urgences. »

Le second volet vise à recruter 200 postes de médecins généralistes à exercice partagé entre l’hôpital et la ville. Le jeune médecin exerce une partie de son activité dans un établissement public (CH, CHU) ou privé sous un statut de praticien hospitalier contractuel et pratique en ville le reste du temps. Douze postes sont concernés en Paca. Sur le territoire des Alpes du Sud, trois sont actuellement ouverts : un poste partagé avec le centre hospitalier d’Embrun, un second avec le Chicas à Sisteron et le troisième avec l’hôpital psychiatrique de Laragne-Monteglin.

Médecins correspondant du SAMU un maillon essentiel pour sauver des vies

En cas d’urgence vitale, chaque minute compte. Habiter une vallée isolée peut donc compromettre les chances de survie.

C’est pourquoi l’ARS finance depuis 2012 un réseau de médecins correspondants du Samu (MCS) qui intervient en premier recours dans les secteurs isolés, c’est-à-dire à plus de trente minutes d’un hôpital ou d’un service mobile d’urgence et de réanimation.

Le département des Hautes-Alpes est le premier territoire sur lequel ce dispositif s’est déployé. En 2018, les 34 médecins correspondants Samu ont été sollicités à 217 reprises dans le département. Les principaux motifs d’intervention sont les pathologies cardio-vasculaires (près de la moitié), les traumatismes, les pathologies neurologiques et les urgences respiratoires.

Ma santé 2022

Annoncée en septembre 2018 par le président de la République, la stratégie Ma santé 2022 propose une vision d’ensemble et des réponses globales aux défis auxquels est confronté le système de santé français. Tout d’abord, des inégalités dans l’accès aux soins, avec de plus en plus de Français qui connaissent des difficultés à accéder à un médecin dans la journée et sont parfois contraints de se rendre aux urgences par défaut. Ensuite, des aspirations chez les professionnels à mieux coopérer entre eux, à disposer de davantage de temps pour soigner leurs patients et à être formés autrement.

Ce dossier spécial a été réalisé par la Provence Publicité - Textes : Solène Penhoat
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