Olivier Reilhes, la gestion de crise dans la peau

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Portrait métier Olivier Reilhes

Retour sur le parcours d'Olivier Reilhes co-pilote de la campagne de vaccination Covid et responsable du Département de la veille et de la sécurité sanitaire à l'ARS Paca.

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Après une carrière qui s’est essentiellement déroulée en Outre-Mer, Olivier Reilhes a rejoint l'ARS Paca en juillet 2020. Il a démarré en tant que responsable de l’animation territoriale en santé environnement et lutte anti-vectorielle au sein du département santé-environnement. Très rapidement, il s’est investi dans la gestion de la crise Covid-19 et a été nommé co-pilote de la campagne de vaccination Covid puis responsable du Département de la veille et de la sécurité sanitaire. Retour sur son parcours.

Comment a démarré votre carrière professionnelle ?

J’ai toujours été passionné par les questions de biologie et d’environnement. Au cours de mes études, j’ai obtenu un premier diplôme d’ingénieur spécialisé en environnement. Assez rapidement, je me suis orienté sur les questions de santé humaine et j’ai passé un DEA de toxicologie puis la formation d’ingénieur du génie sanitaire à Rennes.

Une fois diplômé, en 1999, le service militaire était encore obligatoire. Je me suis porté volontaire à l’aide technique et j’ai eu la chance de faire mon service civil pendant près de 2 ans au service santé-environnement de la Direction des affaires sanitaires et sociales (DASS) de Guyane.

Je n’ai quasiment plus quitté l’Outre-Mer. J’ai commencé véritablement ma carrière en Guadeloupe, à la Direction de la santé et du développement social, où j’ai dirigé pendant 7 ans le service santé-environnement.

Qu’est-ce qui vous a fait rester en Outre-Mer ?

Cette première expérience a créé une attache forte à ces territoires, et d’un point de vue professionnel, c’était très formateur. En matière de santé et d’environnement, le contexte y est sensible : tremblements de terre, éruptions volcaniques, cyclones, épidémies de Dengue, de Chikungunya, mouvements sociaux etc… C’est toujours très intense et passionnant.

Ensuite, les ARS ont été créées. Quelles ont été vos missions à ce moment-là ?

Après la Guadeloupe, je suis parti à la Réunion, à l’ARS Océan Indien, où je suis resté 10 ans.

J’ai d’abord été responsable du service de lutte anti-vectorielle de la Réunion. C’était, et c’est toujours, le plus gros service de ce genre en France. En Outre-Mer, les enjeux en matière de lutte contre les maladies transmises par les moustiques telles que la Dengue ou le Chikungunya sont immenses.

Ce service avait été créé pendant la crise du Chikungunya en 2005 et il comptait près de 200 agents à mon arrivée, ce qui représentait près de la moitié des effectifs de toute l’ARS.

Notre rôle était, en lien avec les services de la veille et sécurité sanitaire (VSS) et de Santé publique France, d’identifier très rapidement les premiers cas de Dengue ou de Chikungunya et de déclencher systématiquement des dispositifs de riposte rapides et ciblés pour endiguer la circulation de ces maladies.

Cette expérience fut très enrichissante d’un point de vue managérial, mais aussi dans sa dimension opérationnelle : nous avions des hangars, des pick-up, des appareils de pulvérisation, des stocks de produits et matériels dimensionnés pour répondre à des épidémies d’envergure.

Après, j’ai eu la chance de prendre la fonction de directeur adjoint de la Direction « VSS, santé et milieux de vie », chargé du pilotage de la veille et de la sécurité sanitaire à la fois pour la Réunion et pour Mayotte, fonction que j’ai occupée pendant 4 ans.

Nous y avons géré beaucoup de situations sanitaires exceptionnelles et de crises, à la Réunion, mais aussi et surtout à Mayotte, qui est une terre de crises permanentes. Là-bas, les crises sanitaires et sociales sont fréquentes. Du fait de l’isolement de l’île et de la faiblesse des infrastructures sur place, elles causent quasi systématiquement des problèmes de continuité des activités essentielles, d’approvisionnement des denrées, de transport… A Mayotte, quand on gère les crises, on est sur le fil du rasoir, on a toujours l’impression que la situation peut nous échapper à tout moment. 

Vous avez eu l’occasion de gérer plusieurs crises sanitaires. Quelle est l’expérience qui vous a le plus marqué ?

Un des évènements qui m’a le plus marqué, c’est l’épidémie de peste à Madagascar en 2017. Madagascar est très proche de la Réunion, encore plus de Mayotte, et il y a des liaisons aériennes et maritimes quotidiennes. En 2017, une importante épidémie de peste pulmonaire s’y est déclarée et s’est rapidement diffusée dans tout le pays. Il a fallu très vite mettre en place des dispositifs renforcés de contrôle sanitaire aux frontières et se préparer à accueillir des cas de peste.

De nombreux cas suspects en provenance de Madagascar ont été identifiés, et nous ont conduit à engager des moyens conséquents pour les isoler et les prendre en charge.

Cette crise à l’époque a marqué toute l’équipe y compris dans sa composante psychologique : il a fallu gérer la psychose ambiante, la stigmatisation de certaines populations, la communication… Heureusement, tout s’est bien terminé et nous n’avons eu, au final, à déplorer aucun cas confirmé de peste sur nos territoires !

Pourquoi avoir décidé de revenir en Métropole ?

Après près de 20 ans en Outre-mer, j’avais l’impression d’avoir fait le tour de la question : j’avais envie de renouveau au niveau personnel et de vivre de nouveaux challenges professionnels. 

Je suis cannois d’origine et toute ma famille y est installée. Forcément, j’ai saisi l’opportunité de venir à l’ARS Paca dès qu’elle s’est présentée, d’autant que le poste proposé avait une composante de lutte anti-vectorielle, une thématique qui m’est chère et pour laquelle j’avais toujours espéré pouvoir faire profiter la métropole de mon expérience ultramarine.

Dès mon arrivée en juillet, j’ai pu d’ailleurs très vite mettre en pratique mes connaissances de la lutte anti-vectorielle au cours d’une saison estivale qui n’a pas été de tout repos sur le front de la dengue…

Mais forcément, actualité oblige, comme j’avais commencé la gestion de la crise Covid-19 à la Réunion, j’ai rapidement été mobilisé sur le sujet, en appui sur les problématiques de règlement sanitaire international et de contrôle sanitaire aux frontières, puis de contact tracing et de suivi à l’isolement, et enfin de pilotage de la cellule de crise le week-end…Jusqu’à ce que j’ai eu la chance que l’on me confie la mission passionnante de la vaccination, en co-pilotage avec le Dr Evelyne Falip.

Qu’est-ce qui rend cette mission vaccination passionnante ?

Et bien, déjà, c’est une mission stratégique. Nous n’avons pas d’autre choix que de réussir. Je suis très honoré de contribuer au pilotage de cette mission, entouré d’une équipe projet de 6 personnes et en lien très fort avec les délégations départementales à qui il faut rendre hommage car ce sont elles qui font le plus gros du travail sur le terrain.

C’est une chance de participer à une mission qui présente un enjeu majeur de santé publique et dont les bénéfices en matière de santé sont immenses et peuvent se mesurer à très court terme.

Les premiers effets de la vaccination commencent d’ailleurs déjà à être observés avec une diminution notable de l’hospitalisation des personnes âgées. C’est une vraie satisfaction pour toute l’équipe.

Les ARS sont très critiquées dans la gestion de cette crise. Pourtant, les résultats sont là ?

La crise induit forcément des critiques. Les effets de la crise donnent l’impression que l’on en fait jamais assez car l’épidémie est toujours aussi forte et des personnes meurent tous les jours.

Alors, c’est vrai que l’on peut toujours faire mieux. Mais il faut aussi être fiers de l’action que nous menons, nous la menons avec ferveur et en mobilisant tous les moyens possibles. Tous les jours, des personnes sont testées, tracées, isolées, soignées, vaccinées… Tous les jours, nous utilisons le maximum de doses de vaccins qui nous sont attribuées.

Nous n’avons vraiment pas à rougir de notre action. Les équipes de l’ARS sont engagées depuis des mois sur cette crise et il ne faut jamais oublier que, concrètement, notre mobilisation contribue à sauver des vies chaque jour.

Quelles sont les qualités requises pour devenir expert de la crise sanitaire ?

On n’est jamais expert de la crise, car la crise nous réserve toujours des surprises. Chaque territoire, chaque organisation est différente, chaque crise a ses caractéristiques qui lui sont propres. Mais Il y a quand même des concepts de base, des règles de gestion de crise à bien maitriser : la répartition des rôles, la coordination des moyens, les circuits d’information…

Il faut aussi être doté d’une capacité à s’adapter en temps réel, à résister aux évènements. Ce qui est le plus compliqué à gérer, ce sont les crises qui durent dans le temps comme celle que nous vivons actuellement. Sur ces fonctions il faut savoir rester calme, savoir prendre du recul par rapport aux évènements, essayer de travailler en anticipation, ce qui n’est pas toujours évident…

Vous avez été nommé responsable de la veille et de la sécurité sanitaire en février. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ce service ?

Le service se compose en 3 missions essentielles et complémentaires : d’un côté la réception des signaux sanitaires, leur évaluation en temps réel, l’identification des menaces et la déclinaison des mesures de gestion appropriées (investigations complémentaires, contact tracing, vaccination, prophylaxie…) ; d’un autre la préparation à la gestion de situations sanitaires exceptionnelles et le pilotage des dispositifs de gestion de crise ; et enfin la troisième composante est le pilotage des vigilances : hémovigilance et coordination des dispositifs de vigilance.

Ce sont des missions passionnantes. Les signaux traités, les sujets de planification ou d’anticipation sont très variés, nous pouvons avoir à faire à des problématiques infectieuses, environnementales (pollutions, intoxications, etc.), liées aux produits de santé… A chaque fois, les problématiques rencontrées nécessitent le recours à des compétences pointues qui peuvent être mobilisées en interne ou auprès de partenaires extérieurs.

C’est d’ailleurs intéressant de voir comment la crise Covid a mis au grand jour des pratiques telles que le contact tracing ou l’isolement, qui étaient jusqu’à présent totalement méconnues du grand public alors qu’elles sont déployées de tout temps par les services de veille sanitaire pour une multitude de problématiques infectieuses (rougeole, méningites…).

Quels vont être vos premiers chantiers ?

Mon premier chantier va être de bien comprendre les organisations en place, d’apprendre à connaitre les personnes qui y travaillent, de comprendre les interactions entre notre service et les autres composantes de l’ARS, que ce soit dans le cadre de la gestion de la crise Covid mais aussi pour tous les autres sujets que nous traitons.

La crise du Covid-19 a fortement perturbé notre service comme beaucoup d’autres. Les équipes sont mobilisées depuis des mois sur le front de l’épidémie. Il y a un enjeu de management pour apporter un peu de stabilité et d’apaisement malgré la situation sanitaire. Et puis, il va y avoir l’enjeu de reconsolider petit à petit toutes les composantes de notre service autres que le Covid qui ont été fortement perturbées : remettre en place les animations thématiques, la coordination des réseaux de partenaires, le développement des systèmes d’information dédiés à la VSS, consolider les articulations en matière de VSS entre le siège et les délégations départementales. Bref, commencer à se préparer à l’« après-Covid ».