Protoxyde d’azote : attention aux usages détournés

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Le Centre d’Evaluation et d’Information sur la Pharmacodépendance-Addictovigilance (CEIP-Addictovigilance) a observé en 2021 une augmentation du nombre et de la gravité des complications sanitaires chez des consommateurs de protoxyde d’azote en région Paca.

Cette augmentation de 247 % observée partout en France s’amplifie très nettement depuis 2018 et a fait l’objet d’un communiqué national du réseau Français d’Addictovigilance.

Le mésusage de protoxyde d’azote n’a cessé d’augmenter, notamment avec l’arrivée sur le marché de bonbonnes plus volumineuses que les cartouches (pour siphon à chantilly), favorisant ainsi la consommation de quantité massive et/ou quotidienne de protoxyde d’azote. Cette substance est actuellement en 2-3ème position des substances les plus consommées chez les jeunes.

Cette consommation répétée augmente le risque de survenue de complications graves, d’ordre neurologique, psychiatrique (dont le risque de développer une addiction) et thrombotique ; sans compter les accidents de la route potentiellement graves ou mortels.

Les complications neurologiques sont médullaires (myélites, sclérose combinée de la moelle) et/ou périphériques (neuropathies sensitives, motrices ou sensitivo-motrice), se traduisant par des douleurs dans les membres, des paresthésies des extrémités (« fourmillements »), dysesthésies, ataxie, troubles de la marche, faiblesse musculaire, chute, troubles vesicosphinctériens. Elles sont liées entre autres à un trouble du métabolisme de la vitamine B12 (avec des concentrations plasmatiques normales ou diminuées), à un déficit fonctionnel objectivé par l’augmentation des concentrations plasmatiques en homocystéine et en acide méthylmalonique (voire des anémies macrocytaires).

Un avis neurologique et une prise en charge addictologique doivent donc être envisagés en urgence. La gravité de ces atteintes peut nécessiter une prise en charge spécialisée en rééducation, des séquelles fonctionnelles étant possibles.
Les complications thrombotiques (thromboses veineuses profondes, embolie pulmonaire, AVC) sont aussi décrites en cas de d’augmentation majeure de l’homocystéinémie.

Ces situations cliniques nécessitent une prise en charge pluridisciplinaire et un arrêt urgent des consommations.

Qu’est-ce que le protoxyde d’azote ?

Le protoxyde d’azote est un gaz incolore et de saveur légèrement sucrée, utilisé notamment en milieu hospitalier en tant qu’analgésique.

Il est consommé de façon détournée à partir d’aérosols notamment, de capsules de chantilly, ou ballons.

Devant un tableau clinique évocateur, il est donc important de rechercher l’exposition au protoxyde d’azote (et ses modalités de consommation) et d’orienter vers les structures et équipes médicales spécialisées afin de réaliser un bilan clinique et paraclinique adapté (neurologique, radiologique (IRM médullaire) et biologique (vitamine B12, homocystéine, acide méthylmalonique) et éliminer les diagnostics différentiels.

L’ARS Paca rappelle aux professionnels de santé l’importance de déclarer tout cas grave d’abus, de dépendance et d’usage détourné sur le portail de signalement du ministère de la santé.

Les professionnels de santé peuvent également se rapprocher du Centre d’addictovigilance (Paca Corse, Service Hospitalo-Universitaire de Pharmacologie Clinique (04 91 38 42 37 ou par mail addictovigilance@ap-hm.fr) pour signaler toutes complications sanitaires.