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Rencontre avec Maria Criado, ingénieur d’études sanitaires à la Délégation départementale des Bouches-du-Rhône

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Portrait métier maria criado
Ingénieur d’études sanitaires depuis les débuts de l’agence en 2010, Maria Criado exerce son métier avec passion au sein de la délégation départementale des Bouches-du-Rhône. Aujourd’hui, elle nous parle de ses missions et des différents projets menés en matière de qualité de l’air sur la zone de Fos Etang de Berre.
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Maria, quel est votre parcours professionnel ?

Initialement, j’ai une formation d’ingénieur en hydrogéologie. J’ai pris mon premier poste au centre d'études, de recherche et développement de Cadarache. Je travaillais alors sur la modélisation des rejets atmosphériques.

J’ai rejoint le ministère des Solidarités et de la Santé à la Direction générale de la santé, sur les problématiques de l’eau thermale. J’ai ensuite passé le concours pour devenir ingénieur d’études sanitaires. Cela m’a permis d’intégrer la Direction des affaires sociales de Seine-et-Marne sur la thématique de l’eau potable.

Ensuite, j’ai déménagé à Marseille. C’est à partir de ce moment-là que j’ai commencé à travailler sur les avis sanitaires, dans le cadre de projets industriels avec l’aide de deux techniciennes sanitaires.

En quoi consiste cette mission autour des avis sanitaires ?

Les activités industrielles, les projets d’urbanismes ou d’infrastructures routières peuvent avoir des impacts assez importants sur l’environnement et potentiellement sur notre santé.

Pour être autorisés à développer de nouvelles activités, les industriels doivent réaliser des études d’impacts, qui intègrent un volet sanitaire. Ils déposent ensuite leurs dossiers de demande d’autorisation en préfectures. Au sein de l’ARS, nous émettons des avis sur ces dossiers, sur les études des effets des projets sur la santé des riverains.

Votre rôle est donc d’évaluer l’impact sur la santé de ces activités industrielles ?

Exactement. Le poste d’ingénieur d’études sanitaires est au carrefour de la santé et de l’environnement. Nous analysons des données environnementales et des données de santé pour identifier les impacts des activités humaines et les limiter. Pour ma part, je m’occupe principalement des secteurs de l’industrie et du transport.

Cela permet de mettre en œuvre des mesures préventives et de mettre en place des recommandations pour protéger la santé des populations.

Fos / Etang-de-Berre est une zone industrielle importante. Quels sont les actions spécifiques qui y sont menées ?

La problématique, c’est qu’elle regroupe beaucoup d’industries (pétrochimie, métallurgie, cimenterie …). C’est aussi une zone où les pollutions liées aux transports (aéroport, réseau routier et autoroutier, transport maritime) sont importantes. La difficulté est de prendre en compte l’ensemble de ces sources de pollution. C’est ce qui a été réalisé par l’étude SCENARII, réalisée par AtmoSud et financée en partie par l’ARS dans le cadre du Plan régional santé environnement.

Sur ce secteur, nous sommes sollicités par les élus et les associations inquiets des effets de ce cocktail de polluants. Ils demandent plus d’informations sur les données de santé propres à leur territoire, ainsi que des études épidémiologiques.

Comment faites-vous pour convaincre les industriels et quels sont les arguments ?

Généralement, les industriels jouent le jeu : Atmosud a enregistré une nette baisse des émissions industrielles dans cette zone. Même s’il faut encore faire des efforts, ils suivent les injonctions du Préfet sur proposition de la Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (Dreal).

Depuis l’année dernière, nous participons au projet REPONSES qui vise à réduire les pollutions en santé environnement en prenant en compte les attentes de la population (qui a été consultée au mois de juin). Les associations de défense des riverains et de l’environnement, les représentants des salariés et des industriels, les collectivités locales et les services de l’état sont mobilisés aux côtés d’un comité d’experts locaux qui les appuie.

Concrètement, que révèlent ces études environnementales ?

En 2010, l’Agence régionale de santé Provence-Alpes-Côte-d’Azur a souhaité disposer de données locales sur les cancers pour répondre aux inquiétudes des populations vivant à proximité de sites industriels.

L’observatoire Revela 13 a été créé en avril 2011 et est piloté en région par Santé publique France. C’est un travail sans précédent qui a permis de recenser les cancers du rein, de la vessie et des leucémies aiguës pour chaque commune des Bouches du Rhône. Les 1ers résultats viennent d’être publiés. L’étude a montré, entre autres, que le taux d’incidence des cancers est plus élevé à Marseille et dans la zone sud-est du département (mais pas forcément sur la zone de Fos/Berre).

Aussi, l’étude SCENARII a permis d’identifier les principaux polluants contribuant au risque sanitaire et sur lesquels doivent porter les actions de réduction et une surveillance renforcée.

Quels sont les projets à venir pour réduire les pollutions à Fos/Berre ?

Dans le cadre du projet REPONSES, il est attendu pour la fin de cette année un plan d’actions de l’ensemble des participants. Les suites données aux résultats de REVELA 13 seront présentés : analyse infra-communale et influence du tabagisme, principal facteur de risque du cancer de la vessie. En lien avec la Direccte, la mise en place d’une consultation pathologique et environnementale au centre hospitalier de Martigues sera également annoncée.

Un travail important sur l’amélioration du dispositif de surveillance du cancer débute également cette année avec l’appui méthodologique de Santé Publique France. L’objectif global est de développer notre socle de connaissance, d’affiner nos données de santé et d’aller plus loin dans la recherche pour en savoir plus sur les liens entre environnement et santé. La mise à jour de SCENARII est également attendue pour voir si des améliorations sont observées suite à nos recommandations auprès des industriels.

Qu’est-ce qui vous intéresse dans votre poste ?

Cette question de qualité de l’air prend de plus en plus d’ampleur surtout avec les liens avec le réchauffement climatique. C’est très intéressant d’un point de vue scientifique et je suis ravie de pouvoir travailler avec une grande diversité d’acteurs institutionnels et de terrain.

Les incertitudes scientifiques et la pression sociétale à ce sujet me motivent à aller plus loin, à suivre l’actualité et les nouveautés scientifiques sur le sujet. Mon poste évolue en permanence et j’apprends tous les jours. C’est ce qui me passionne et je compte bien continuer dans cette voie !