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Vincent Girard, un homme qui fait bouger la santé mentale en Paca

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Vincent Girard, santé mentale ARS Paca
Vincent Girard revendique une formation initiale de rugbyman. C’est pourquoi il voit la vie comme un sport collectif de combat où tout est possible. C’est d’ailleurs sa force combative qui l’a amené à rejoindre l’ARS Paca en 2017 pour participer à l’animation des politiques de lutte contre l’exclusion. Il nous explique dans cet article son parcours professionnel et ses projets.
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Pouvez-vous nous expliquer votre parcours professionnel ?

J’ai fait des études de médecine pour devenir psychiatre car je trouve que c’est une discipline où la part d’inconnu et le degré d’incertitude est stimulant. J’ai toujours voulu faire de la recherche, que je vois comme une aventure car la diversité humaine me fascine.  

En 2003, je suis donc parti aux Etats-Unis pour faire un post-doc à l’université de Yale au sein du laboratoire de recherche Yale program for recovery and community health.

Là-bas, j'ai travaillé comme travailleur social dans une équipe de psychiatrie de rue avec des travaileurs qui sont des personnes ayant traversé l'expérience de la maladie psychiatrique sévère, de la rue, des addictions, de la prison. Encore plus surprenant, le chef du laboratoire de recherche, Larry Davidson, était aussi une personne ayant eu une expérience des troubles psychiques. C’est à ce moment-là que j’ai découvert et touché du doigt le Recovery movement (concept de rétablissement). Cette manière de renverser les choses, de faire d’un problème une solution, a profondément bouleversé ma manière de voir la psychiatrie et le monde.

Le Recovery movement ou concept de rétablissement, qu’est-ce que c’est exactement ?

Le mouvement Recovey est né dans les années 90 à la suite du mouvement des droits civiques américains des années 60/70. 

C’est à la fois un concept politique d'émancipation de personnes qui ont considéré le système psychiatrique comme les ayant oppressé et privé de leurs droits et un mouvement scientifique qui documente l’expérience des personnes atteintes de troubles mentaux qui se rétablissent.

Depuis 40 ans, ce mouvement a permis de regrouper des études épidémiologiques, sociologiques, anthropologiques autour de la santé mentale. Tout ceci a permis de transformer le concept de rétablissement en une politique publique à part entière, qui permet désormais de développer une offre de soins transversale, mieux adaptée aux personnes atteintes de troubles de mentaux, autour de l’inclusion dans la société.

A votre retour en France, vous avez donc exporté ce concept ?

Oui. De 2004 à 2016 j'ai participé au montage de plusieurs projets autour du concept de rétablissement.

J’ai notamment participé à la construction du  collectif MARSS  avec des anciens sans-abri, ayant connu les addictions, les troubles psychiques et parfois même la prison, et des salariés de l’AP-HM.  Nous avons ouvert un « squat » en 2007 afin de créer un lieu de vie communautaire pour accueillir les personnes qui sortaient de l’hôpital psychiatrique. Notre objectif était d'éviter qu’ils ne retournent dans la rue et ne retombent malade. Très rapidement, les hôpitaux nous ont adressé des personnes. Nous avons découvert que l'accès au logement, même dégradé, était plus bénéfique pour eux que l’enfermement.

Cela a abouti à une prise de conscience politique nationale et locale. La ministre de la Santé de l’époque, Roselyne Bachelot, a demandé un rapport sur les personnes sans chez soi qui nous a amené à mettre en place l’expérimentation "Un chez soi d'abord" qui a débuté en 2011.

Ce projet a donc fait bouger les lignes et fait évoluer la politique publique ?

Oui, et c’est une grande surprise et une fierté. A mon retour des Etats-Unis, j'ai été contaminé au sens positif du terme par l’expérience que les gens peuvent se rétablir d'une maladie psychiatrique. J’ai rencontré de nombreuses personnes qui ont témoigné de leur propre rétablissement. Elles ont souvent eut des vies atypiques, excentriques, pleines de reliefs. Elles m’ont à la fois touché et convaincu que ces expériences ne sont pas que des problèmes.  

D’ailleurs, les études montrent que 25% des personnes atteintes de schizophrénie peuvent se rétablir dans les 5 ans. Ce qui veut dire que, dans la société, il y a un ensemble de personnes atteintes de troubles psychotiques graves et qui sont complètement intégrées.

La rue et les troubles en santé mentale sont très liés. Les personnes qui restent dans la rue longtemps (de 5 à 20 ans) sont quasiment toutes atteintes de troubles psychiatriques sévères. 50% des gens atteints de schizophrénie ont déjà une expérience de rue avant d'être diagnostiqués. D'où ce besoin fondamental de créer des parcours de soins et de vie transversaux, qui incluent le logement.

Et donc, comment êtes-vous arrivé à l’agence ?

J’avais fini un cycle avec ma vie à l’hôpital et le Directeur général adjoint de l’époque, Norbert Nabet, m’a proposé de venir à l’agence. J’ai accepté. J’ai travaillé sur le programme régional d’accès aux soins et à la prévention, notamment sur les problématiques de précarité et de "recherche-innovation".

Aujourd’hui, je participe à une politique de santé mentale qui joue sur des domaines autres que le soin : le logement, mais aussi le travail, l’éducation, l’activité physique, l’alimentation…

J’accompagne des projets innovants en santé mentale et j’anime plusieurs appels à projets autour de l’innovation, du logement d’abord et peut-être bientôt, sur les bonnes pratiques en santé mentale.

Par rapport au concept de rétablissement et au projet « Un chez soi d’abord », où en êtes-vous ?

Aujourd’hui, j’essaie d’inclure les bonnes pratiques internationales dans nos politiques de santé mentale, et notamment le concept de « rétablissement » comme le recommande l’Organisation mondiale de la santé.

Grâce à mon expérience en développement de projet, j’apporte ma vision sur les enjeux de processus d’implantation et sur la manière dont l'on passe de données scientifiques probantes à des politiques probantes.

Vos plus grandes réussites depuis que vous êtes ici ?

La santé publique est un temps long et je n’ai pas vraiment de grande réussite à mettre en avant à ce jour. En interne, je suis content d’avoir instillé l’idée que l’agence peut jouer un rôle dans le changement social, que nous avons le pouvoir de changer les choses grâce à des projets disruptifs.

Mais ma plus grande fierté c’est d’avoir participé au changement d’une politique publique de lutte contre le sans-abrisme, qui est passé d’une politique d’hébergement à une politique du Logement d'abord ; et de pouvoir participer à sa mise en place à l'ARS pour améliorer la vie de personnes parmi les plus malades, dont l’espérance de vie est la plus basse (jusqu'à 40 ans de vie en moins !).

Quels sont vos projets pour l’avenir ?

Ce que j'aimerais réussir à développer c’est une culture de santé mentale où les droits des personnes sont mieux respectés. C’est un réel enjeu dans notre système de soin français. Aujourd’hui, 90 000 personnes en France sont sous soins contraints. C'est le premier lieu d'enfermement devant la prison, alors que statistiquement ce sont les personnes malades qui ont 13 fois plus de chance de se faire agresser.

J’ai également envie de travailler sur l’intelligence artificielle, le « Big data » et les algorithmes décisionnels.

Mon rêve est de monter un centre de recherche et développement en santé mentale avec le laboratoire de santé publique Aix-Marseille Université (Pr. Auquier), qui serait à l'interface entre la décision publique, la recherche et les usagers pour développer de nouvelles pratiques.

A suivre donc…