Des actions concrètes pour prévenir le suicide

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Homme accablé la tête dans les mains
Crédit : Fotolia

La France possède un taux de suicide parmi les plus élevés d’Europe. Face à ce constat, le Ministère des Solidarités et de la santé a réaffirmé sa volonté d’agir. En région Paca, l’ARS déploie un nouveau programme d’actions d’information et de formation afin de mieux repérer les crises suicidaires et intervenir à temps.

Les tentatives de suicide entrainent 200 000 passages aux urgences par an. 75 % des récidives ont lieu dans les 6 mois suivant une première tentative.

Les facteurs de risque du suicide sont connus ce qui en fait un phénomène en partie évitable. Il existe ainsi des mesures permettant de diminuer ces risques et de permettre une cassure significative du taux de suicide.

Dans ce cadre une stratégie de prévention du suicide a été définie au niveau national. L’ARS Paca décline cette stratégie en région.

Quatre axes d’intervention pour prévenir le suicide

Avec l’ouverture du 3114, la France complète sa stratégie nationale de prévention du suicide impulsée par la feuille de route « Santé mentale et psychiatrie 2018 ». Conformément à la préconisation de mise en place d’une stratégie globale de prévention du suicide de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), la France propose ainsi dorénavant quatre axes complémentaires associant les parties prenantes concernées (associations, experts, chercheurs, professionnels).

Les dispositifs de vigilance et de "re-contact"

Le réseau Vigilan'S

« Vigilan’S » est un service de veille et de re-contact des personnes ayant fait une tentative de suicide. L’objectif est d’éviter les récidives.

C’est un dispositif national expérimenté depuis 2015 par l’ARS Hauts-de-France. Le maintien d’un contact avec des personnes à risque de récidive est reconnu comme efficace par la littérature internationale. Le re-contact est d’autant plus efficace qu’il est actif, régulier, inscrit dans la durée et personnalisé.

L’équipe de « Vigilan’Seur » est composée de médecins et d’infirmiers qui ont pour mission de contacter par téléphone périodiquement les personnes ayant fait une tentative de suicide afin de s’enquérir de leur état.

L’équipe est également disponible pour répondre aux questions de soignants alertés par les conduites de leurs patients.

Une équipe spécialisée de l’AP-HM composée de psychiatres, de psychologues, d’infirmiers et de personnels administratifs déploie ce projet dans les Bouches-du-Rhône. L’objectif est qu’il soit généralisé dans toute la région Paca.

www.aphm.fr

Le réseau Asma

L’ASMA est un service qui s’inscrit directement dans la stratégie multimodale de prévention du suicide visant à améliorer la prise en charge des adolescents ayant réalisé une tentative de suicide ou en état de crise suicidaire.

Les adolescents inclus sont âgés de moins de 18 ans, ils résident dans tous les départements de la Région Paca à l’exception du Var et des Alpes-Maritimes.

L’Asma se fixe 3 objectifs :

1° développer un dispositif d’appui à l’organisation et à la coordination de la prise en charge hospitalière et ambulatoire des adolescents,

2° harmoniser les pratiques professionnelles et optimiser la coordination des professionnels impliqués auprès des adolescents inclus,

3° participer au développement des connaissances sur le suicide et le mal-être adolescent.

L’ARS Paca soutient l’extension d’Asma sur le Vaucluse et les Hautes Alpes en 2021, et progressivement sur le reste de la région Paca.

En 2020 : 148 adolescents ont été accompagnés par ASMA.Le taux de récidive des 128 adolescents inclus dans le dispositif ASMA au cours de l’année 2019 est de 9,3% (contre 20% dans la littérature)

www.asma.care

Que fait Asma ?

  • orientations des professionnels de la santé du territoire vers le réseau Asma (urgences pédiatriques ou adultes, cliniques privées, MDA, CMPP, médecine de ville, ou établissements scolaires…),
  • l’inclusion des adolescents dans un dispositif de veille, suite à un premier contact et une évaluation pédo-psychiatrique systématique,
  • La veille : un contact à 10 jours tous les mois, pendant 3 mois, à 6 mois et à 9 mois. par téléphone, par sms ou l’envoi d’une carte postale.
  • La fin de veille qui se traduit par ce qu’on appelle une veille passive où l’adolescent et sa famille peuvent nous recontacter sans qu’un contact de la part d’ASMA ne soit réalisé.
  • re-contact par téléphone, SMS ou autre mode sur une durée de 1 an. Il est basé sur l’idée d’un contact régulier mais discret, sans se substituer au suivi thérapeutique,
  • appui aux professionnels de la santé pour les aider dans la prise en charge et la coordination afin de limiter les ruptures dans le parcours de santé ; harmoniser les pratiques professionnelles ; informer et sensibiliser les professionnels de la santé du territoire.
  •  formation des professionnels de la santé, de l'enseignement ou du secteur social

Aujourd’hui, Asma et Vigilan’S sont étroitement articulés et se déploient ensemble dans les territoires.

La prévention de la contagion suicidaire

Améliorer le traitement médiatique

L’objectif est d’améliorer le traitement médiatique en menant des actions de sensibilisation et de formation dans les écoles de journalisme afin de prévenir les phénomènes d’imitation propres au suicide.

Un travail sur les modalités de diffusion et de traitement de l’information peut permettre de limiter cet effet dit « Werther » de contagion.

Une cartographie des lieux à risque pour mieux prévenir

Les « hot-spot » suicidaires sont des lieux généralement publics utilisés pour se suicider compte tenu de leur facilité d’accès, de leur dangerosité (voie ferrée, ponts, falaises…) et de leur visibilité.

La mission de l’ARS Paca, en lien étroit avec la Préfecture, est d’identifier ces lieux pour y développer des actions de prévention collectives et individuelles.

Ceci demandera un travail de cohésion avec de nombreux acteurs du territoire : police, gendarmerie, services de transports…

Des plans d’intervention après un suicide

Le rôle de l’ARS est de conseiller et d’accompagner les structures dans la mise en place de plans de postvention permettant de limiter les répercussions d’un tel évènement et éviter la contagion au sein d’une structure en tenant compte du milieu concerné (administration, hôpitaux, écoles, prisons…).

La mise en place du 3114, le numéro national d’appel pour les personnes en détresse psychique

Depuis le 1er octobre 2021, le numéro national de prévention suicide, le 3114, est entré en fonction.

Ce numéro est gratuit, confidentiel et accessible 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, depuis tout le territoire national.

La ligne permet une écoute professionnelle et une prise en charge sanitaire des personnes ayant des idées suicidaires, depuis les premières idées de mort jusqu’à la crise suicidaire, elle est accessible aux personnes en détresse psychique et à leurs proches, famille, amis,….

Elle est également au service des professionnels de santé désirant en savoir plus sur la prévention du suicide ou ayant besoin d’un avis spécialisé.

Un nouveau dispositif de formation

L’ARS PACA finance le dispositif de formation au repérage, à l’évaluation et à l’intervention en crise suicidaire. Le déploiement de ce nouveau dispositif de formation a été confié au réseau CRES et CODES à partir de 2018. Les premières formations ont été organisées à partir de 2020 et sont déployées dans l’ensemble des départements de la région.

Le but est de créer un réseau dans les territoires de personnes étant capables de repérer les personnes en souffrance et de leur proposer le plus rapidement possible des solutions adaptées à leurs problèmes et, si nécessaire, un accompagnement vers le soin.

Le nouveau système, inspiré du modèle québécois, prévoit trois modules de formation distincts adaptés à trois types de publics :

Le premier s’adresse aux citoyens ayant un souci spontané de l’autre et appelés à devenir des « sentinelles » pouvant repérer les signes et comportements évocateurs d’une crise suicidaire.

Les deuxièmes sont les professionnels de santé en mesure d’évaluer le niveau de crise comme par exemple une infirmière scolaire.

Enfin, les professionnels travaillant habituellement dans l’accueil des personnes en crise seront formés à l’intervention.

Avec ce programme, chaque intervenant a sa place dans le processus de prévention.

Ce nouveau modèle de formation suppose une mise en réseau des structures, professionnels et associations qui interviennent dans le champ de la prévention du suicide.

A fin 2021 :

  • Ce sont 53 formateurs régionaux qui ont bénéficié de la formation de formateurs
  • 269 participants ont été formés tout module et tout département confondus. La majorité des personnes formées en intervention de crise et en évaluation ont été des psychologues et des infirmiers. Pour la formation « sentinelle », on retrouve de nombreux professionnels du milieu social et notamment des travailleurs sociaux.

Elles sont au contact de publics très divers : population générale, enfants, adolescents, jeunes, étudiants, personnes âgées, personnes en situation de précarité, personnes handicapées notamment.